L’Insouciance, de Karine Tuil

J’ai reçu ce roman en septembre dans le cadre de mon abonnement à la Kube.  J’avais demandé à découvrir “le dernier coup de coeur de mon libraire Kube” je crois. Et Yolande a sélectionné pour moi ce roman.

Voici ce qu’en dit la quatrième de couverture:

«L’amour n’est rien d’autre qu’une des compensations que la vie offre parfois en dédommagement de sa brutalité.» De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours d’un séjour de décompression à Chypre, il tombe sous le charme de Marion Decker, mais découvre dès le lendemain que cette jeune journaliste est mariée à François Vély, un entrepreneur franco-américain très influent. Au même moment, Romain renoue avec son ami d’enfance Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu une personnalité politique montante.
Tentant désespérément de reprendre le contrôle de leur vie, tous ces protagonistes sont entraînés dans un engrenage qui révèle la violence du monde.

Il y a un indéniable sens du rythme dans cette histoire de trajectoires qui se croisent, entre en collision, se séparent. Des personnages aux univers et personnalités si différentes mais qui ont pour point commun d’avoir perdu le contrôle. Un événement perturbe leur routine ou leur laborieuse ascension et la mécanique enclenchée les entraîne bien malgré eux. Amours interdits, traumatismes de la guerre, image ternie, ambition contrariée…. Autant d’accrocs possibles dans la toile d’une vie pourtant si patiemment et précautionneusement tissée.

Karine Tuil sait instiller la tension, la lire c’est être dans l’anticipation permanente de la tragédie. Ses personnages sont trop insouciants ou maladivement inquiets, pressentant parfois des dangers qui tardent à venir. Jusqu’à ce que la douce houle gonflée de hasards malheureux, de mauvais choix et d’occasions ratées, se transforme en vague puissante qui vient s’écraser sur les rivages de leurs vies. Parfois elle est moins impressionnante que le tsunami redouté, d’autres fois aussi elle prend par surprise et submerge alors qu’on pensait le pire enfin derrière soi.

L’écriture est puissante et nerveuse. Une logorrhée qu’on lit d’une traite, comme on dévide le fil de pensées qui s’entrechoquent. Ces longues phrases déroulées sans respiration disent les peurs et les hésitations, les traumatismes et les espoirs fous. On est happés, tellement bien entraînés qu’on en pardonne les envolées métaphoriques un peu forcées et les brusques changements de temps (ces derniers sans doute censés servir le style, mais qui sont déroutants et un peu inutiles).

On ne s’attache pas vraiment aux personnages mais ce n’est pas forcément ce qui est recherché ici. Ces personnages-là représentent des archétypes, oui, mais crédibles. Karine Tuil monte ici le théâtre de la vie, et y jette une lumière crue. Sur la scène, les acteurs reproduisent des séquences que l’on a vues, ou devinées derrière les portes entrebâillées des maisons du pouvoir. Les masques qu’ils arborent sont peu nombreux, mais plus vrais que nature.

On ressort de cette lecture un peu déboussolé. Il n’y a pas de morale ici, juste la démonstration de la difficulté à trouver le bonheur, de la vanité peut-être, des châteaux de cartes que nous nous évertuons à construire. Que d’efforts et de sacrifices pour enfin pouvoir lâcher prise, que de tragédies et d’erreurs avant d’enfin se (re)construire.

Conclusion : Un roman prenant, qui se lit d’une traite. A lire si vous recherchez une lecture fluide, addictive, et grave…sans être larmoyante.

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