[Bilingual Review]Une soif de livres et de liberté / The Paris Library, by Janet Skeslien Charles

Merci à l’éditeur et l’auteur pour l’exemplaire dédicacé! Ma chronique n’en a pas été influencée.

🇫🇷 Paris, 1939. Odile, la vingtaine toute fraîche, vient de décrocher le job de ses rêves à la l’American Library de Paris. Le paisible quotidien de cette amoureuse des livres vole pourtant en éclat lorsque les nazis envahissent puis occupent Paris. Courageusement, elle et ses collègues vont résister à leur manière, avec des livres.
Froid, Montana, 1983. Lily s’ennuie dans sa (très) petite ville du nord des États-Unis. Pour pimenter son quotidien elle imagine toutes sortes d’histoires sur le passé de sa mystérieuse voisine française un peu revêche. N’y tenant plus, elle finit par pousser sa porte. Une rencontre qui changera leur vie à toutes les deux.

“Le chagrin est une mer constituée de nos larmes. Des rouleaux d’eau salée recouvrent les profondeurs obscures que nous devons traverser à la nage à notre propre rythme […]Certains jours, mes bras tranchaient l’eau et je sentais que tout irait bien, le rivage n’était pas si loin. Puis, l’espace d’une seconde, un seul souvenir suffisait presque à me submerger et je me retrouvais à mon point de départ, bataillant contre les vagues, épuisée, sombrant dans mon propre désespoir.”

Inspiré de faits et personnages réels, le roman alterne ainsi deux lignes temporelles qui se répondent. Là où les années de guerre résonnent de l’urgence de la survie, et de l’horreur de la guerre, ce sont des drames plus personnels qui se jouent à Froid. Mais ce que la guerre révèle des âmes sert de leçon pour toute la vie. Dans Paris occupé, Odile va faire l’expérience de la perte, mais aussi de l’amitié. Elle va se confronter aux conséquences des petites lâchetés et de l’envie réfrénée. Découvrir le désir, l’amour et la trahison. Lily, à son échelle, va vivre tout cela aussi. L’aide de sa mystérieuse et secrète amie sera précieuse pour surmonter ces épreuves.

L’une des figures phares du roman est Miss Reeder, directrice bien réelle de la bibliothèque de 1937 à 1941. Admirée d’Odile (personnage principal et fictif) elle est un modèle de ténacité et de générosité. Elle va, aidée de collègues et volontaires comme Boris Netchaeff, se battre pour maintenir la bibliothèque ouverte. C’est autour d’elle que s’organise l’effort de guerre littéraire, par des colis de livres envoyés aux soldats d’abord, puis en maintenant le lien avec ceux que les nazis jugent désormais indésirables. Quand après une longue bataille elle doit se résoudre à rentrer aux Etats-Unis, c’est la comtesse Clara de Chambrun, américaine épouse d’un général français qui la remplace et poursuit la lutte avec une égale ardeur.

Etonnamment, malgré la difficulté, la violence même des thèmes abordés, il se dégage une grande douceur du roman. C’est là la force de l’auteure : une narration délicate, tout en nuance. Elle alterne les points de vue, à la première ou troisième personne, pour nous partager les tourments si humains de personnages confrontés à des circonstances qui les dépassent. Ils vont faire des erreurs, se laisser aller à des bassesses qui, ils pensent, ne leur ressemblent pas. Certains parviennent à s’extraire du puits de haine qui menace de les engloutir pour tenter d’avancer. C’est en somme un roman plein d’humanité.

L’auteure a fait d’abondantes recherches pour l’écriture de ce roman, imaginé alors qu’elle travaillait elle même à l’American Library. Son amour des livres transparait à travers le personnage d’Odile, son obsession pour la classification Dewey et les nombreuses citations qui rythment ses moments de doute ou de joie. Le roman est une ode aux bibliothèques, à leur pouvoir de rassemblement et aux communautés qui les animent. Au-delà de cela, c’est une fenêtre sur des humanités complexes, posée avec beaucoup de justesse.

J’ai lu une version française du roman écrit originalement en anglais et à certains endroits j’ai trouvé que la traduction manquait un peu de précision. Mais Tatiana de Rosnay a bien raison, c’est “un roman qui se dévore” et qui bénéficie d’une construction intelligente, mêlant adroitement la réalité et la fiction. Le résultat est un roman lumineux. Il m’a absorbée durant quelques jours et je suis très heureuse d’avoir fait la connaissance de Dorothy, Clara, Boris, mais aussi Odile, Lily et les autres.

“J’adorais Paris, une ville de secrets. Semblables aux couvertures des livres, certaines en cuir, d’autres en tissu, chaque porte parisienne ouvrait sur un monde insoupçonné. Une cour intérieure pouvait renfermer un entassement de vélos ou une concierge replète armée d’un balai. Dans le cas de la Bibliothèque, la porte en bois massive ouvrait sur un jardin secret. Bordée sur un côté par des pétunias et de l’autre par du gazon, l’allée de galets blancs conduisait au bel immeuble en briques et pierres. J’en franchis le seuil sous les drapeaux français et américain qui flottaient côte à côte et suspendis ma veste au portemanteau branlant. Je respirai la plus belle odeur qui fût au monde — le parfum de mousse des livre un peu moisis, mêlé à celui de l’encre des journaux fraîchement imprimés — avec le sentiment que j’étais rentrée chez moi’

Une soif de Livres et de Liberté, par Janet Skeslien Charles
Traduit de l’anglais par Freddy Michalski
448 pages
Paru le 7 octobre 2020 aux éditions JC Lattès

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🇬🇧 Paris, 1939. Odile lands the job of her dreams at the American Library in Paris while the nazis are waging war against their European neighbours. Soon, the foundations of her life are shaken as the city falls under occupation. Bravely, she and her friends and colleagues decide to resist their own way, with books.
Froid, 1983. Lily is a bored teenager yearning to leave her tiny town and go discover the world. She daydreams about her mysterious French neighbour, inventing for her a multitude of wartime adventures. One day, she gathers the courage to knock at her door. The beginning of a friendship that will change their lives.

“I loved Paris, a city with secrets. Like book covers, some leather, some cloth, each Parisian door lead to an unexpected world. A courtyard could contain a knot of bicycles or a plump concierge armed with a broom. In the case of the Library, the massive wooden door opened to a secret garden. Bordered by petunias on one side, lawn on the other, the white pebbled path lead to the brick-and-stone mansion. I crossed the threshold, between French and American flags fluttering side by side, and hung my jacket on the rickety coatrack. Breathing on the best smell in the world—a mélange of the mossy scent of musty books and crisp newspaper pages—I felt as if I’d come home.”

The novel thus oscillates between these entwined timelines. The war brings forth challenges that test people’s principles. Lessons learnt amidst loss and treason are worth a lifetime, and apply for national tragedies as well as personal dramas. In occupied Paris, Odile experiences loss and confronts herself to the ugly side of human nature, hers included. When sorrow menaces to turn Lily’s world upside down, it will take all her friend’s toughly earned wisdom and warm empathy to help her overcome her troubles. Conversely, her youthful boldness is just what the old lady needs to reignite a fire in the dying embers of her guilt veiled eyes.

While Odile and Lily are fictional characters, we encounter real life figures in occupied Paris. Among them the brave and tenacious Miss Reeder, whom Odile admires greatly. She fights unwaveringly to keep the library open, and sets in motion a literary war effort. With her colleague Boris Netchaeff and other volunteers, they first send books to mobilised soldiers in France and beyond. Then when the nazis bar their Jewish subscribers from the premises, the staff organise to bring the library to them. When at last she must go back to the United States, her task is continued with equal fervour by the countess Clara de Chambrun.

Interestingly, despite the gruesome subject matter, the novel exudes a warmth, a tenderness even. We get several characters’ perspectives, rendered with nuance and truth. Human nature is complex, and the war tends to bring forth the best but also the worst in people that otherwise deem themselves respectable. With empathy and delicacy, the author explores these contradictions. The result is a luminous novel, full of humanity.

The author carefully researched her subject to render the time and events truthfully. She writes about her real life inspirations here. Her novel is a love letter to libraries and the communities that give life to them. It is an ode to the power of books, that are a bridge between people and a refuge in difficult times. The author’s own love for the written word shines through Odile, her obsession with the Dewey decimal classification, and the quotes that punctuate her moments of sorrow, doubts and joy. More generally, her novel is a just exploration of the human nature, infused with love and hope.

I don’t think the French translation I read fully did the original novel justice, but even so, I spent a lovely time reading it. I was totally immersed in it for a few days, and I am grateful for the time I spent in the company of Dorothy, Clara, Boris but also Lily, Odile and the rest.

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